2.27.2009

Laurie

Mon amie Laurie est en Afrique. Elle apprend à être sage-femme là-bas. Pour moi, c'est une femme magnifique avec un aura absolument extraordinaire. Je ne crois pas que personne d'autres ne pourrait vivre ce qu'elle est en train de vivre comme elle le fait en ce moment. Elle est au Congo et elle en voit de toute sorte. Ce n'est pas du tout la vie comme on l'a facile ici ( j'ajoute que je suis assise devant mon ordinateur en disant cela...:S). Mais, quand on reçoit ses emails (au compte-goutte) j'ai toujours les larmes aux yeux parce que ses histoires son incroyable, que le message qu'elle nous lance de si loin est vraiment beau et qu'elle nous permet à distance de nous remettre en question. Chaque fois c'est un sourire qu'elle me tire alors, je vais partager avec vous trois histoires qu'elle nous a écrite dans son dernier email. N'oubliez pas, ne jugez pas. :)




« L’entraide comme assurance vie »

J’ai envie de vous parler de l’entraide. Je suis trop impressionné par la générosité dont les Congolais font preuve. C’est une générosité spontanée, mais, définitivement, on sent sert aussi comme « assurance ». Je m’explique : en partageant avec le plus de personnes possible, en rendant des services ici et là ou en acceptant de donner quelques Francs à quelqu’un qu’on ne connaît presque pas, on se créer des contacts et on espère que, lorsque ce sera notre tour d’être dans le besoin, quelqu’un parmi eux pourra nous venir en aide aussi. Les mamans, dans leur grande foi me disent qu’elles donnent au Seigneur (même si supposons c’est d’un pagne qu’elle vient de me donner dont il est question) afin que lorsque ce sera leurs enfant qui en aura besoin, le Seigneur leur vienne en aide aussi. Ce que je trouve beau c’est qu’on ne croit pas que si on donne à telle personne, c’est cette personne qui doit nous aider à l’avenir. Vous comprenez ? C’est comme une grande roue de l’entraide.

Puis là, … inévitablement, j’en viens à faire la comparaison avec nous, les chers québécois. Maudit qu’on est ce qu’on est hein ? Il ne faudrait surtout pas demander de l’aide à quelqu’un parce que, si non, on va devoir nous aussi l’aider. En plus, ça veut dire que je n’ai pas été capable, MOI-MEME, SEUL, de m’en sortir. AIDE = échec ? Ou quoi ? Haaa !Mais on est généreux parce quand on se fait donner quelque chose, on ne peut s’empêcher de penser immédiatement à ce qu’on pourrait lui donner de plus gros, de plus cher pour le remercier…

Est-ce qu’il faut crever de faim pour ressentir le besoin de s’entraider ?





« Mariane »

Mariane a 14 ans. Elle a encore sa binette de petite fille, elle est si jolie. Par manque de moyens, elle est seulement qu’en 6ième année du primaire. (Qui n’équivaut pas à notre 6ième année québécoise et, donc, vous devez penser au fait qu’elle ne sait pas grand chose du corps humain, de la grossesse, de la maternité ou de la sexualité…)

Seule, comme une grande, elle vient de mettre un enfant au monde.

L’ « accouchement physique » s’est passé normalement. Mais, quand le bébé est sorti, la jeune-maman a eu peur. Elle ne voulait absolument pas que le bébé lui touche, elle était dégoutée par cet être étranger, tout gluant et bleuâtre. L’enfant Mariane était apeurée, son bébé complètement rejeté.

Pendant le travail, elle refermait ses jambes. Elle refusait et psychologiquement et mentalement de devenir mère. Elle-même aurait véritablement eu besoin de sa maman à ses côtés. L’accoucheuse lui a donné une grosse claque à l’intérieur de la cuisse : CLAQ ! Puis, quand le bébé est sorti de son ventre, elle s’est fermé les yeux, elle s’est mis à battre des bras et se reculait de façon à ne surtout pas le toucher. Alors, comme pour la punir de se comporter ainsi, l’accoucheuse lui a lancé son enfant sur son ventre en lui criant : « Muana na nge hen ! » (C’est ton enfant).

Je trouve ça tellement touchant de voir cette si jeune-fille devenir maman. Je pense qu’elle n’avait pas réalisé qu’elle avait « ça » dans son ventre. […] Pendant un instant on a laissé les deux petits seuls, chacun de leur côté : Mariane sur l’étroite plaque métallique qui sert de table d’accouchement et le bébé, lui, au milieu d’un grand lit. Puis, j’ai été prendre la main de Mariane qui me la serrée très fort. Nous sommes restées attachées comme ça pendant un moment en silence jusqu’à ce que je lui propose d’aller chercher son enfant, juste pour qu’elle le regarde d’abord. Elle a accepté. Le lendemain, quand j’ai été les voir, elle était en train de l’allaiter, doucement, naturellement. Tranquillement, ces 2 enfants se sont apprivoisés l’un l’autre.

« AcUna mAtaTa »

« Awimbawé Awimbawé »

« 23 janvier au matin, le départ pour Misay, petit village à 80 km d’ici, est annoncé ! Mais ce n’est pas plus excitant qu’hier ou qu’avant-hier puisque ça fait 2 semaines, au moins, qu’on me dit à chaque jour que je pars pour Misay… je n’y crois plus. Toutefois, c’est bel et bien en ce jour de mes 22 ans qu’on est finalement partis, l’abbé Fansaka et moi, en moto cross dans son village natal pour 3 jours. Je n’aurais pas pu avoir plus beau cadeau ! On aurait dit que je partais en safari. Sac en bandouillère, paréo sur la tête et dans le coup pour me protéger du soleil, appareil photo au coup, maudit que j’suis blanche et que je sens la crème solaire ! Hihi !

Nous avions pleins d’obstacles à franchir sur notre chemin. D’abord, une rivière à traverser en pirogue. On embarque la moto dedans et on s’assoit dans le fond sur un petit bout de bois. Génial ! Je partais vraiment en vivant le moment présent sans pouvoir penser au retour prévu pour un tel jour étant donné que… je suis en Afrique quoi !Tout ce qu’on peut faire c’est de prier pour arriver saints et sauves, pour qu’on réussisse à traverser les marécages, les ruisseaux, les bancs de sable sans tomber, pour qu’on ne fonce pas soit dans une chèvre, un cycliste transportant de gros régimes de bananes ou une maman qui peut sortir à n’importe quel moment de la brousse avec son manioc sur la tête. A un moment, nous avons fait une pause-bananes, plutôt qu’une pause-café. On était là, « parkés » à côté du régime « géré » par une fillette de 6 ans. L’abbé me dit : « tu te sers, tu en prends tant que t’en veux » Ce sont de toutes petites bananes. Cueilles, manges, cueilles, manges… Après 5 minutes, on fait le décompte, on paye l’enfant et on est repartis. Tout m’émerveille et me rend joyeuse, la vie est remplie de petits détails comme cette « pause-bananes » qui me font sourire. […] Après être passé à côté d’une forêt où son grand-père faisait la chasse du léopard, après la gymnastique faite pour traverser un ruisseaux sur un tronc d’arbre[…] (splish, splash), après être débarquée de la moto à plusieurs reprises pour la poussée et la sortir du sable gris, après 3 heures d’aventures, de rires, de réflexions, de vitesse, c’est une belle église turquoise, éclairée par le coucher du soleil, qui nous accueille dans le village. Un village complètement incrusté dans la nature

Un village ou j’ai passé 3 jours et où « je devrais » aller passer tout le mois de mars. Je devrais continuer mon stage dans les encore plus grandes profondeurs de l’Afrique. Je suis carrément tombé en amour avec ce petit village. Là-bas, on vit dans une immense verdure le jour et une noirceur totale la nuit. Il n’y a pas de moto, pas de téléphone, pas d’internet, pas de radio, pas d’électricité, pas d’eau courante. Mais il y a ces gens qui y vivent, ces jeunes-filles de l’internat qui me posaient tant de question, entre autres sur la sexualité, ces professeurs qui m’interrogeaient sur le mariage, ces tout petits garçons qui construisent une maison dans la cour de l’école dans le cadre de leur cours d’éducation physique. Il y a des bananes dans chaque parcelle et des arachides partout, il y a un charmant petit centre de santé avec la Sœur Angélique qui y travaille comme infirmière-accoucheuse, il y a ces 3 nouveaux abbés amis, il y a l’entraide, la simplicité, la musique et la vie. Ce fut un beau voyage et j’ai déjà hâte d’y approfondir mes connaissances avec son peuple et aussi dans le domaine de l’accouchement.

Bon, ça fait long en maudit comme message mais je pense que ça en valait la peine.
S'ils vous font sourire autant que moi, commenter et je lui ferai parvenir vos commentaires...
J'espère qu'ils vous feront réfléchir aussi un petit peu sur notre mode de vie de québécois naif comme tout...( je m'inclus ici dans...)
Bonne soirée

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